Le potentiel de la Subsidiarité

par 26-04-2023Politique

Nous sommes aux prises avec un bouleversement structurel et existentiel qui oblige la personne à s’adapter pour trouver de nouvelles solutions dans un monde désormais glocal, hors-sol qui écartèle la personne humaine et où les sujets et les communautés, au lieu d’être soutenues, sont découragés à tous les niveaux. C’est ce à quoi nous avons encore assisté avec la réforme des retraites…La tâche est ardue, car ce tournant historique entraîne l’abandon de références anciennes et structurantes telles que, par exemple, le dialogue, la famille et l’effort. Ainsi, il nous faut affronter un nouveau monde très incertain qui présentent de graves incohérences et déficiences sans que nous sachions comment faire. Il s’agit donc d’ouvrir et de s’ouvrir à des réflexions profondes et innovantes. C’est-à-dire : promouvoir des espaces de recherche et de collaboration qui doivent permettre une renaissance dans une dimension politique.

La réflexion sur le potentiel de la subsidiarité que l’IEP cherche à promouvoir dans ses contributions intellectuelles mérite un approfondissement, notamment son texte « Penser la subsidiarité à la recherche du bien commun ». Un titre très beau, mais très peu évocateur : « Penser ? Subsidiarité ? Bien commun ? « . Tous ces mots semblent très abstraits surtout dans notre société sans conscience ni culture.

Il est bien dommage que seule une élite chrétienne encore éduquée soit en capacité de comprendre de quoi il s’agit. En effet le reste de la société et ses élites politiques autoproclamées sont bien incapables de comprendre et même d’apprécier l’importance du sujet. Pourtant la politique actuelle, a besoin d’être éclairée. Comment pouvons-nous abandonner et se satisfaire de la fin des réalités populaires, notre héritage civilisationnel à la fois laïque et chrétien qui ont fait la grandeur de la France.

Pour l’IEP, à juste titre, la « subsidiarité est un mot décisif en ce moment historique parce qu’il parle d’une chose très simple : la valeur de la « contribution de tous », où ce « tous » révèle l’importance d’une démocratie plus participative face à la démocratie représentative enfermée dans un système ou le pouvoir ne lui permet plus de s’exprimer.

Un autre sujet de fond doit être traiter, peut-être plus accessible pour les citoyens car certainement plus stimulant, la possibilité de trouver place dans un monde désormais glocal, c’est-à-dire un monde dans lequel l’organisation du pouvoir n’est plus pensée pour accompagner la personne à retrouver ses potentialités, mais plutôt à la décourager sans aucune différenciation.

Il faut avoir le courage de réfléchir en profondeur sur ce qui n’est pas seulement un changement lexical – utiliser l’adjectif « glocal » au lieu de global et local – mais au contraire un fort changement structurel et existentiel. Certes, ce sera difficile parce qu’il faudra se mesurer à un tournant d’époque qui ne semble pas assumer ou exalter les vieux concepts et repères comme ceux de bien et de mal (richesse er pauvreté humaine).

Tout comme les dimensions de l’espace et du temps que l’État et le marché ont pris dans leur vision du « progrès » qui aujourd’hui sont en totales contradiction avec les données environnementales – et, répétons-le, les valeurs – que nous connaissions autrefois.

Problèmes sociaux et nouvelles structures

Autrefois, les dimensions d’espace et de temps au plus près des réalités humaines (plus subsidiaire) permettaient une vie plus harmonieuse de la personne, de l’organisation sociale et avec son environnement. Il existait un système de solidarité à la fois plus performant et beaucoup plus bienveillant et moins polluant, l’autre n’étant jamais un inconnu ni un déchet ! Mais aujourd’hui pouvons-nous imaginer reconstruire un système comme celui que suggère la subsidiarité alors que notre système actuel semble si bien enraciné dans sa pseudo modernité et son idée de « progrès » totalement réfractaire à un retour en arrière ?

Partons de la question si évidente, qui devient pour nous tous une véritable provocation à chaque coin de rue à Paris, le sujet de l’inacceptable pauvreté et de l’exclusion si évidente en France – et en Europe- Nous pouvons entendre le Pape François à ce propos, mais il est à craindre que rien ne pourra renverser la tendance tant le système est fermé, enfermé dans son idéologie au sens le plus profond du terme.

Si l’État et le marché, les acteurs principaux de notre système, ne se savent pas imaginer un avenir meilleur, peut-on chercher à s’appuyer sur le troisième pilier ? Il semble bien qu’il est le seul à pouvoir rétablir l’équilibre. L’Etat et le marché ne sont plus capables, seuls, de faire face aux problèmes sociaux et à leurs nouvelles structures, incapables également de développer un comportement social différent et plus responsable. Ainsi pouvons-nous, nous-même et la société civile, reprendre l’initiative en revenant à un traitement des difficultés de manière subsidiaire donc localement au plus près des réalités en redonnant à chaque personne sa capacité d’agir ?

Pour l’IEP, c’est évident et c’est pourquoi il a créé un espace décisif de recherche et de collaboration, non seulement d’idées pour réfléchir, mais aussi d’action donc clairement (méta)politique.

Nous recevrons justement David LISNARD le 9 mai prochain, pour échanger avec lui sur le principe de subsidiarité en nous interrogeant : Et si la France devenait une société subsidiaire ?

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