« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », mettait déjà en garde Rabelais. Une belle phrase pour nous chrétiens, pour l’homme spirituel, pour l’homme de bien. Une phrase réconfortante même, tant elle sent la raison. Une phrase, pourtant, vide de sens pour la plus grande partie des hommes d’aujourd’hui. Ni les mots, ni leur connexion logique, ni leur rapport de dépendance ne sont réellement accessibles à l’immense majorité de nos contemporains. Et les chrétiens ne sont pas systématiquement exempts. De fait, l’homme d’aujourd’hui ne sait pas vraiment ce que signifie ces mots : science, conscience et, bien moins encore, âme.
L’un des problèmes fondamentaux aujourd’hui est un problème de vocabulaire et donc d’amalgame, de définition, et donc en définitive de sens. Tout philosophe, tout penseur, sait bien que pour penser, pour dialoguer, il faut s’entendre au préalable sur le sens que l’on donne aux mots. Ne pas sacrifier à un tel préambule, c’est courir le risque presque inévitable du dialogue de sourds. Tout idéologue, tout tyran sait, lui aussi, que pour manipuler, désorienter et diviser, il suffit simplement de brouiller les sens, de travestir les définitions pour mieux jouer de l’amalgame avec des coques vides.
La baisse indéniable du niveau de connaissances des populations – même si quantitativement les hommes sont mieux formés, qualitativement ils le sont moins – ouvre aux manipulateurs, aux sophistes de nos jours et aux médiocres penseurs, une vaste plaine qu’il est trop facile d’investir. Il est alors courant, d’entendre des syllogismes qui n’en sont pas, des déductions de vérités erronées ou incomplètes qui reposent sur des fantômes de concepts.
« Mon peuple est en exil / périt1 faute de Connaissance2 » s’attriste Dieu auprès du prophète Osée. Ce n’est pas une plainte à prendre à la légère. C’est le drame le plus profond de l’homme, car aimer Dieu – vocation ultime de l’homme et source de son bonheur – c’est le connaître, nous dit saint Bernard. Il y a un rapport étroit, essentiel3, entre connaissance, volonté, moralité, bonheur et conscience. Et ce rapport qui unifie toutes ces réalités intellectuelles, c’est le sens, le but de l’agir humain.
Nous agissons toujours en vue d’un but. Poser un acte est toujours quelque chose d’intermédiaire pour obtenir l’effet escompté. Mais, pour agir, il faut donc au préalable identifier le but. Dans quelle direction vais-je? Le problème fondamental est donc celui d’identifier mon but, car c’est lui qui donnera sens et valeur – qualitative et morale – à mes actes et donc, en définitive, à ma vie. Car clairement, ce qui me permet d’atteindre mon but est bon, ce qui m’en éloigne est mauvais.
La question est donc pour chaque homme d’identifier le but en vue duquel agir, d’en avoir connaissance. Mais si le but de mon action détermine ce qui est bien ou mal dans mes actes qu’est-ce qui détermine si ce but est bon ou non ? Précisément la conscience comme nous le rappelle Rabelais.
L’objection de conscience est une absolue nécessité
face à l’affaissement des valeurs chrétiennes
Cyril Brun autoritarisme, chrétiens, liberté, objection de conscience, ordre moral, politique, valeurs
morales
Dans un continent où le relativisme semble triompher, quel défi devons-nous affronter aujourd’hui ? Nous devons témoigner de la Vérité, non brandir des valeurs. Nous ne pouvons plus taire les principales questions qui pèsent sur une société qui a perdu son propre sens et la simple conscience d’elle-même et pour qui la « non-discrimination » est érigée en principe fondateur et l’égalitarisme
en dogme. Nous ne devons pas avoir peur d’aborder tous les sujets délicats : la sexualité, la mort
provoquée, le relativisme, l’avenir des jeunes…
Il est nécessaire d’éclairer le public contre les subtils bouleversements auxquels nous pourrions
assister.
Nous sommes parvenus à la croisée des chemins. Les socialistes ont salué la victoire de François
Hollande comme un moment historique. Mais à y regarder, ce n’est pas cette élection qui est
historique, c’est le moment lui-même. Car en ce début de XXIème siècle, nous pourrions bien assister
à un radical changement de société. Tout est prêt pour cela. Une opinion publique anesthésiée par la
bien-pensance ambiante, le rejet systématique d’un éclairage éthique ou religieux, un gouvernement
dominé par un électoralisme et l’idéologie selon laquelle nous serions incapable de discerner le bien
du mal : bref, un aveuglement général des consciences.
Au moment où l’on réclame l’ouverture d’un débat en France concernant le mariage entre personnes
du même sexe, nous devons reposer les questions principales qui pèsent sur une société oublieuse
d’elle-même. Quels défis seront lancés aux Français avec ce débat ? Face à la confusion, il n’y a pas
d’autre réponse que la clarté et la transparence de la vérité. La vérité est accessible à tous. Et en
France, elle demeure encore enracinée dans notre culture. Voilà pourquoi nous devons, partout,
nous investir dans les débats culturels et politiques touchant au domaine de la sexualité, de la vie, de
l’éthique, en un mot, tout ce qui attrait à la dignité humaine. Devant la tendance visant à détourner
le mariage de sa juste acception, nous devons nous engager en affirmant le principe de réalité, et
cela même si notre attitude devait un jour être jugée comme hors-la-loi.
Nous devons sans relâche former notre conscience et nous comporter comme elle nous l’indique,
avec une intelligence et une volonté droites : analyser les situations et comprendre les tendances qui
dévalorisent la pensée humaine, sans tomber dans un discours idéologique.
Pour obtenir des résultats sur le plan politique, il nous faut refuser la compromission sur de tels
sujets. Aussi devons-nous être enracinés dans la réalité. On ne peut pas, on ne doit plus tromper nos
concitoyens avec des valeurs humaines tronquées et affadies parce que coupées de leurs racines.
L’issue ne dépendra pas seulement de notre action, certes. Mais même sans résultats politiques,
nous saurions alors, en conscience, que nous aurions mené le bon combat. C’est cette conviction qui
doit nourrir notre détermination. Le « succès » n’est pas entre nos mains. Nous devons simplement
témoigner de la vérité et la rendre attractive, par la mise en lumière de la beauté et de la bonté
naturelles qu’elle porte en elle.
Nous devrons répondre devant les générations futures de ce que nous avons fait. La génération
précédente, celle des années soixante, a laissé détruire la famille. Nous avons la responsabilité, au moins, de témoigner de la vérité et de la faire aimer. Ce n’est pas une bataille facile, mais en réalité, elle ne l’a jamais été, à aucune époque.
Et pour l’affronter, nous n’avons pas à concevoir de vastes stratégies puisque ces questions relèvent
directement de notre nature et de notre identité. Il devrait suffire de dire la vérité… Or nous ne
pouvons pas cacher que nous sommes dans une situation difficile en Europe : les adversaires d’un
humanisme durable utilisent particulièrement la question de l’orientation sexuelle pour étendre leur
influence et saper cette cohérence qui permet à l’homme de s’épanouir en vérité.
Nous sommes dans une situation de confusion et c’est pourquoi nous sommes faibles : nous ne
percevons plus la pertinence de la réalité. Dans toutes les institutions, « l’esprit du monde » cherche
à s’insinuer, cet esprit qui vise à rabaisser l’homme en limitant ses besoins aux seuls communs avec
le règne animal.
Partout, l’on cherche à s’adapter au « politiquement correct ». Ne sachant plus où réside sa sauvegarde, la société moderne est dominée par la peur. Nous nous sentons perdus, alors que nous devrions nous appuyer sur ce qui a déjà fait ses preuves pour donner confiance en l’avenir.
Heureusement, certains savent encore résister à cette confusion des repères, en restant fidèles à leur conscience. Refusant la peur, nous devons porter sur le terrain politique les valeurs qui fondent
notre civilisation, afin de retrouver des appuis sûrs, fondement de notre progression humaine. Et ces
valeurs fondatrices de notre civilisation chrétienne ne peuvent être proclamées de manière
idéologique. Il ne suffit pas d’affirmer qu’elles sont bonnes mais il nous faut montrer qu’elles sont
bonnes parce qu’elles sont justes. Il faut donc changer d’angle d’approche et s’appuyer sur la réalité.
Dans beaucoup de domaines, nous serons appelés à poser des choix clairs et à résister à cette
volonté de détournement du bon et du vrai : il n’est ainsi pas exclu qu’un jour, les médecins se voient
obligés d’agir contre leur conscience. La récente discussion au Parlement européen visant à
restreindre la pratique de l’objection de conscience, notamment dans le domaine de l’avortement ou
de l’euthanasie, l’illustre.
L’Europe connaît actuellement une révolution radicale, qui s’attaque violemment aux fondements
pluriséculaires de sa propre civilisation, cherchant à redéfinir les notions de famille et de sexualité.
Cette révolution est à l’œuvre dans les plus grandes organisations mondiales comme l’Organisation
des nations unies, au sein même de l’Union européenne et de nombreux gouvernements,
massivement appuyés par les médias. Des moyens techniques de contrôle et de manipulation
psychologiques des masses sont utilisés pour que ce totalitarisme soft continue à miner ce qui reste
de la culture chrétienne. L’Europe voit s’instaurer des références nouvelles, comme le « mariage »
entre personnes du même sexe, équivalent dans tous ses effets au mariage entre un homme et une
femme. Et ces références sont justifiées par des raisons non plus humaines mais « fondamentales ».
Or qu’entend-on par fondamental quand une société n’a plus de fondements ?
L’égalité de traitement ne peut rendre naturel une notion qui ne l’est pas. Sur ce point nous serons
appelés à répondre chacun, personnellement. Et la question ne sera pas « cela est-il bon ou mauvais
? » mais bien « est-ce vrai ou faux ? ». Nous naissons homme et femme ; et c’est seulement dans
l’union constituée par ce couple que l’humanité peut continuer à exister. Ce n’est pas du relativisme,
mais une absolue vérité.

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