La conversion écologique est d’abord une conversion spirituelle (lettre écologique n°11)

par 1-11-2019Ecologie

Force est de constater que les problématiques écologiques sont souvent mal posées. Le fameux « trou de la couche d’ozone » en est une bonne illustration. De nombreuses études portent aujourd’hui sur l’impact des cycles solaires sur l’ozone. Une analyse de Guardini, montre qu’il appartient à l’homme moderne de faire « un inventaire dépassionné » des débats des temps modernes. Cet inventaire rigoureux et patient est l’un des « prix de la vérité ».

conversion écologique

Quelle est cette « conversion écologique » dont nous parle le pape François ?

Comment la conversion écologique s’inscrit-elle dans la tradition théologique d’un salut à la fois personnel et communautaire ? L’encyclique Laudato si’ consacre une section entière à la notion de « conversion écologique ». Il s’agit la fois d’une « conversion intérieure » (§ 217), d’une « conversion intégrale de la personne » (§ 218) et d’une « réconciliation avec la création » (§ 218). Cette conversion implique « gratitude et gratuité, c’est-à-dire une reconnaissance du monde comme don reçu » et « la conscience amoureuse de ne pas être déconnecté des autres créatures » (§ 220). Le pape semble décrire ici des attitudes du cœur, et non de simples « éco-gestes » orientés vers l’efficacité. Cinquante ans plus tôt, la constitution Gaudium et spedu concile Vatican II se préoccupait plutôt de la question économique et sociale. Le texte en appelait déjà à convertir les « mentalités » (§ 63). Cet appel était immédiatement suivi par « un encouragement au progrès technique, à l’esprit d’innovation, (…) pour faire face à l’accroissement de la population et pour répondre aux aspirations du genre humain » (§ 64).

Le domaine de l’écologie est de l’ordre du prudentiel

Nous sommes ici dans le vaste domaine des questions dites « prudentielles », dont le Concile Vatican II souhaite se soucier : « Les réalités terrestres elles-mêmes et les institutions humaines sont également ordonnées au salut des hommes. (…) Elles peuvent contribuer d’une façon non négligeable à l’édification du corps du Christ. » (Christus dominus, 1965, § 12.) Quelques années plus tard, le magistère de l’Eglise précise : « Dans le domaine des interventions d’ordre prudentiel, il est arrivé que des documents magistériels ne soient pas toujours exempts de déficiences. Les pasteurs n’ont pas toujours perçu aussitôt tous les aspects ou toute la complexité d’une question. (…) Certains jugements du magistère ont pu être justifiés à l’époque où ils furent prononcés (…). Ce n’est souvent qu’avec le recul du temps qu’il devient possible de faire le partage entre le nécessaire et le contingent. » (Congrégation pour la doctrine de la foi, Donum veritatis, 1990, §24. 3. Jean-Paul II, Ut Unum sint, 1995, § 22.)

Le pape François invite à un « débat honnête et transparent »

Dans le domaine écologique en particulier, Laudato si’ confirme, à la suite du concile, la nécessité de recourir aux meilleurs acquis de la raison : « L’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent » (§ 188). Le débat contradictoire lien sur ces sujets prudentiels est essentiel. Car ce qui est juste relève de ce qui est bon et, comme tel, de ce qui est vrai.
Par ailleurs, l’encyclique s’efforce de « créer un dynamisme de changement durable » qui passe par une « conversion communautaire » (§ 219). Cette expression de « conversion communautaire » semble assez récente (Jean-Paul II, Ut Unum sint, 1995, § 22.), même si elle fait référence à une vérité théologique traditionnelle, reprise par Vatican II : « Le concile appelle à la conversion personnelle autant qu’à la conversion communautaire. L’aspiration de toute communauté chrétienne à l’unité va de pair avec sa fidélité à l’Évangile. » (Ibid., § 15.)

Pour Jean-Paul II, cette double dynamique s’exprime d’abord dans la célébration de la messe : « Dans le sacrifice eucharistique (…) se vérifie une conversion personnelle par l’union au Christ victime et en même temps une conversion communautaire exprimée dans l’échange du pardon et de la paix entre les personnes présentes. » (Jean-Paul II, homélie du 3 sept. 1979.) La conversion communautaire est ici abordée sous l’angle spirituel, qui rappelle les mots du concile : « Les hommes ne reçoivent pas (…) le salut séparément, hors de tout lien mutuel. Dieu a voulu, au contraire, en faire un peuple. » (Concile Vatican II, Lumen gentium, 1964, § 9.) Il s’agit d’une conversion nécessaire au salut spirituel, et non d’un changement d’attitude qui nous apporterait un salut ici-bas, y compris dans le sauvetage écologique de la planète.

La conversion des mentalités est toujours nécessaire.

Le concile évoque « la conversion des âmes » (Concile Vatican II, Ad gentes, 1965, § 40), « la conversion du cœur » (Concile Vatican II, Unitatis redintegratio, 1964, § 7). Le catéchisme (Catéchisme de l’Église catholique, § 1427-1429) rappelle que la conversion première et fondamentale se réalise dans le baptême. Il appelle les chrétiens à une « seconde conversion » et reprend le mot de saint Ambroise à propos des deux conversions dans l’Église: « l’eau du baptême et les larmes de la pénitence. » (Ambroise de Milan, Ep. 41, 12 : PL 16, 1116B.)

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