L’écologie n’est pas épargnée par la subsidiarité (Lettre écologique n° 9)

par 28-05-2019Ecologie

La lettre écologique n° 9 de l’Institut Éthique et Politique propose une réflexion le bienfondé de la subsidiarité y compris en matière d’écologie. La subsidiarité permet l’expression des convictions personnelles, le débat et l’identification de remèdes ou d’actions préventives en matière d’environnement. Par sa flexibilité et son fondement anthropologique, la subsidiarité permet de répondre aux problèmes liés à la mondialisation. Mgr Giampaolo Crepaldi, secrétaire émérite du Conseil pontifical Justice et paix, coordinateur de la rédaction du Compendium de la doctrine sociale de l’Église (2004), propose quatre prismes de lecture et d’application de ce principe donnés lors d’une conférence en 2009 à l’Institut politique Léon-Harmel.

subsidiarité

La susbdiarité est une question d’éthique et d’anthropologie

Ces deux dimensions sont liées à la dignité de la personne humaine, à sa liberté originelle. Respecter ces caractéristiques implique d’exercer la subsidiarité. En effet, les droits humains impliquent d’être autorisé à faire et la justice comporte une équité dans cette autorisation à faire, à donner quelque chose de soi. Par exemple, le droit à l’erreur de chaque homme relève de la subsidiarité. Les urgences mises en avant par les écologistes militants peuvent devenir des alibis à des structures de suppléance permanentes, souvent liberticides. « Le principe de subsidiarité protège les personnes des abus des instances sociales supérieures », explique le Compendium (§ 187). Car confiance en l’homme rime avec patience.

La subsidiarité : un puissant moyen de développement pour les personnes

La résilience de nos équilibres planétaires est probablement plus puissante que les erreurs humaines, même accumulées par des milliards d’individus. Le respect de ce droit de l’humanité à suivre des chemins détournés est une forme d’aide (subsidium) donnée aux personnes pour qu’elles puissent développer leur capacité d’agir par elles-mêmes, c’est-à-dire d’être libres.

Les décisions politiques se mesurent au service rendu à la personne humaine

La personne humaine est un tout, qu’aucun contenant politique ne peut renfermer. La grandeur de la politique vient du fait qu’elle est au service de la personne, et ses limites, de ce qu’elle est incapable de sauver la personne. Le politique peut-il sérieusement prétendre mettre en place des structures non subsidiaires chargées de sauver la planète ? La dissidence et le principe de subsidiarité appellent à préférer le concept d’autorité à celui de souveraineté. La manifestation de pouvoir d’un groupe face à un autre est ferment de division. Au contraire, l’autorité se traduit par une bienveillance manifestée envers celui qui défend un autre point de vue, ce qui est potentialité d’une unité plus profonde.

De la subsidiarité découle la participation de chacun à ce qui les concerne

La subsidiarité a une signification éducative : la participation s’apprend en participant. L’opinion publique n’est pas une donnée mais le résultat d’un débat, plus ou moins approfondi, plus ou moins ouvert. La meilleure façon d’éduquer à la responsabilité est d’ouvrir des espaces où les groupes et les peuples puissent agir de manière responsable pour leur propre bien. En matière d’écologie, la participation de chacun à des débats contradictoires a une valeur éducative. Ainsi, même un non initié aux questions scientifiques a la capacité de juger de la qualité d’un débat. Il est facile de discerner ceux qui manient l’invective, la peur et le flou, de ceux qui expliquent, vulgarisent en posant des questions simples, et éduquent à la prise de recul. Écoute de l’autre et vérité ont partie liée.

Quand la théologie donne du sens à l’écologie

Les significations qui précèdent sont accessibles à tous. Mais pour le chrétien, la subsidiarité prend un sens particulier en exprimant l’ordre de la création et de la rédemption voulu par Dieu, qui a créé l’homme libre. Il a décidé de lui donner la vie, non pas en se substituant à lui mais en l’appelant à collaborer avec lui. Le plan divin passe mystérieusement par ce que l’homme peut et veut donner. Dieu ne commande pas à l’homme. Il nous a appelés amis. En s’incarnant en Jésus Christ, Dieu ne s’est pas superposé à l’humain en l’écrasant, mais il l’a élevé, en lui permettant d’espérer surmonter les limites de la solidarité humaine. Les religions fondamentalistes considèrent l’homme comme un exécutant. Pour le christianisme, il est un collaborateur, appelé à donner en réponse à ce qu’il a reçu.


 

Autres publications