La Guerre juste ? / Dossier de l’IEP

par 20-03-2024Actualités, Etat moderne, Politique

La Bible dit : ‘Tu ne tueras pas’ alors que Le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) admet, quant à lui, la peine de mort, mais avec de nombreuses réserves dans le domaine de l’application (CEC 2267). Y aurait-il contradiction ? La question de la guerre, toutefois, n’est pas seulement une question de vie ou de mort, mais de dignité de la personne humaine et fondamentalement de paix.

Si vis pacem para bellum

La paix est le cœur du problème. Elle vise, par définition, la préservation des vies.

Dans la Bible, la paix a trois significations :

–          Elle est souvent liée à l’idée de Création : malgré le péché originel, la création est faite pour être perçue et vécue dans la paix.

–          En outre, l’Ancien Testament (AT) rattache la paix à l’Alliance. Or l’alliance exclut la destruction de l’autre. C’est la finale du déluge (Gn 9,11) : « Tout ce qui est ne sera plus détruit ». Cette assurance est réaffirmée dans l’Ecclésiastique : « Des alliances éternelles furent établies en lui afin qu’aucune chair ne fût plus anéantie par le déluge » (Si 44, 18).  L’homme ne peut donc authentifier l’amour de Dieu qu’en reconnaissant dans ses semblables des visages conçus à l’image de Dieu. C’est tout le fondement du décalogue et des lois du Lévitique sur l’accueil de l’autre, de l’étranger et la notion de fraternité.

–          Enfin, dans l’ordre messianique, le Christ sait l’homme pécheur, mais Il est venu annoncer une ère définitive de réconciliation, d’amour, symbolisée par le Royaume de Dieu. C’est bien cette paix que le Christ nous livre.

Fondamentalement, la paix n’est pas la simple absence de combat, elle est une stabilité dans  le repos de la jouissance du bien. Lequel bien est, pour l’homme, ultimement le Royaume. Or, depuis la mort et la résurrection du Christ, le Royaume de Dieu est en marche dans l’humanité. Ainsi, lorsque des hommes travaillent à mieux se connaître, se comprendre et s’aimer, ils font l’œuvre de Dieu. C’est bien cette construction de la fraternité qui donne la stabilité fondée sur l’amour mutuel qui est en jeu et dont Paul VI dénonce la carence dans Populorum Progressio : « Le monde est malade. Son mal réside moins dans la stérilisation des ressources ou leur accaparement par quelques-uns que dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples » (PP. 66).

La question de la Paix et donc de la guerre se trouve d’abord essentiellement (au sens philosophique) à ce niveau élémentaire du lien entre les hommes. C’est encore ce que souligne Benoît XVI dans les premiers chapitres de Caritas in veritate.

Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous ouvre une perspective de vie plénière et de paix.  Et c’est bien sur les fondements de l’héritage qu’il nous laisse que nous devons considérer la paix et la guerre. Si, in fine, la paix c’est le Royaume, tout ce qui pousse hors du Royaume ou lui est étranger est un état de non paix. Cela signifie-t-il que c’est un état de guerre ? Si ‘guerre’ est pris comme contraire de paix, alors oui. L’instabilité, l’insécurité, l’incertitude constituent un état intermédiaire entre la paix et la guerre. État considéré comme « paix belliqueuse » ou « guerre limité », selon le degré d’instabilité et de tension.

La véritable paix consiste donc dans la jouissance du Royaume. Tant que nous ne sommes pas dans cette jouissance, nous sommes en état de combat. Combat pour construire le Royaume, le défendre ou le promouvoir. Or qu’est-ce que le Royaume, sinon l’héritage promis par la croix du Christ, c’est-à-dire l’homme libre uni à son Père ? Voilà la paix qui, seule, peut être stable et conduire à une fraternité authentique. C’est ce que l’on a appelé la civilisation de l’amour. Ce n’est en rien, la mielleuse et très édulcorée culture du ‘tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’.

Alors avant de condamner la guerre et de confondre paix avec arrêt des hostilités, ou absence de conflits ouverts, il peut être bon de se rappeler que promouvoir la paix, c’est promouvoir l’homme debout, la face tournée vers le Père. Ne nous faisons pas d’illusions, toute paix sera instable, tant qu’elle ne reposera pas sur le Bien Commun. Cela nous donne déjà une première idée de ce que pourrait être la guerre dite « juste ».

La guerre au service d’un projet politique juste

La guerre est toujours sale et injuste. Il n’y a jamais de guerre juste même si on peut envisager qu’il y ait des guerres parfois nécessaires. La guerre, c’est d’abord et avant tout un gigantesque gaspillage d’énergie, de vie, de familles, d’espérance et d’avenir. À partir de sa propre expérience, Hélie de Saint Marc a écrit : « Il n’y a pas de guerre joyeuse ou de guerre triste, de belle guerre ou de sale guerre. La guerre, c’est le sang, la souffrance, les visages brûlés, les yeux agrandis par la fièvre, la pluie, la boue, les excréments, les ordures, les rats qui courent sur les corps, les blessures monstrueuses, les femmes et les enfants transformés en charogne. La guerre humilie, déshonore, dégrade. C’est l’horreur du monde rassemblée dans un paroxysme de sang et de larmes. »

Au Mali et en Centrafrique, la France a envoyé des soldats non pour faire la guerre mais pour protéger des populations menacées et arrêter les violences. Le but de ces interventions armées n’est pas de détruire l’adversaire mais de le neutraliser, même si c’est par la contrainte. Dans ce contexte, le militaire n’est pas un violent qui se défoule au combat mais un professionnel entraîné à résister à la spirale de la violence. Pour arriver à cette fin, la formation des soldats devrait autant porter sur l’éthique professionnelle que sur le maniement des armes.

Dans ce registre, la guerre est éminemment politique mais elle ne peut se justifier que si elle est au service d’un projet politique juste comme la restauration d’un État de droit. C’est cet objectif qui doit se trouver derrière toute décision selon cette réflexion de Simone Weil : « Une victoire est plus ou moins juste non pas en fonction de la cause qui a fait prendre les armes, mais en fonction de l’ordre qui s’établit une fois les armes déposées. L’écrasement du vaincu est non seulement toujours injuste, mais aussi toujours funeste à tous, vaincus, vainqueurs et spectateurs. »

L’objectif est louable mais il est difficile tant la guerre porte en elle-même une logique de destruction. Nous ne devons jamais oublier l’exemple des Américains en Irak qui  ont inventé un prétexte pour se présenter comme des libérateurs et qui sont partis en laissant derrière eux un champ de ruines ce qui depuis a totalement déstabilisé le moyen orient  et le monde entier.

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